Les jeunes entre savoir et expertise


Les jeunes entre savoir et expertise

Tout l’enjeu de la casuistique (argumentation) est de pallier le spécieux, l’alambiqué qui justifient le tout et son contraire ; et les évolutions rapides de l’actuel vivre-ensemble soulèvent de nouveaux questionnements et de nouveaux challenges induits par ce « progrès », tant galvaudé et dont les principaux dangers sont  l’atomisation et le saucissonnage des grandes questions sociétales ; sachant que la fièvre des spécialisations pédagogiques sont périlleuses et sachant que les conséquences de tels errements conduisent, irréversiblement, à la prolifération des corruptions, à des scandales de tous genres, à des conflits d’intérêts…


Les thèmes de l’inefficacité et de l’inadaptation des jeunes -eu égard leurs formations- reviennent à chaque fois ; en fait, ils servent de prétextes pour justifier l’économisme qui dérègle les mécanismes intégratifs de l’économie. De même, l’Etat -sensé réguler tous les processus de production- est traversé et débordé par des flux qu’il est incapable de canaliser ou d’endiguer. Et cette évolution ou plus exactement, cette involution conduit à une forte inflexion (déclivité) des valeurs : le mirage d’une économie globalisée capable de s’autoréguler s’abrasant, de plus en plus, du fait des déficits de transparence, du reste impossible à mettre en œuvre.

L’Etat n’est plus le seul acteur de la vie sociale, il doit composer avec d’autres acteurs qui déploient avec lui des interactions, pas toujours dans l’intérêt des membres de la société, voire qui portent souvent atteinte à la souveraineté de l’Etat ; pourtant, l’Etat doit garder un rôle fondamental en matière de régulation sociale, tout en veillant à ce que la société continue d’être formée des deux sphères qui la composent : la sphère privée, fondée sur la libre initiative et la sphère publique qui se rapporte aux rapports d’autorité et de contraintes dans la gestion de la collectivité.

Dans un tel contexte dissoné, le lien politique se distend, l’autorité s’érode et le capital confiance s’effondre. En outre, la montée des corruptions -d’esprit, économiques, financières… dictées par le souci de se maintenir au pouvoir- accentuent les scandales et altèrent la mobilisation, tout comme elles favorisent le désenchantement qui enclenche des participations hostiles et une politisation négative ; sachant que la jeunesse constitue le marqueur le plus puissant de toute société, et qu’elle constitue un corpus de valeurs et un puissant vecteur d’intégration.

Le mal être de la jeunesse
Lorsque la crise se propage et qu’elle est signalée par le tocsin, on s’intéresse moins au sonneur qu’à l’incendie ; pourtant, pendant que la crise de la jeunesse s’installe douloureusement sur la scène, elle est présentée par les responsables, comme un simple travers conjoncturel. En fait, cette crise constitue un phénomène gravissime qui participe structurellement à l’érosion du lien sociétal et de ce fait, doit-elle interpeller ; sachant que le paradigme du conflit -lorsqu’il est anticipé- peut participer au renouvellement de la démocratie en rendant publics et visibles les sentiments d’iniquité, d’inexpressivité, de dépossession…

En effet, beaucoup de jeunes éreintés de « rituels » sans lendemains, de promesses non tenues et de formations épidermiques et désaxées revendiquent plus de transparence et une implication plus profonde dans les options intégratives. Ces jeunes invitent -à leur manière- à questionner la morale et convoquent les décideurs pour répondre de leur fuite en avant ; sachant que les atteintes à la probité des jeunes ont pour cause, notamment le trafic d’influence, la concussion, le favoritisme qui sont peu ou pas sanctionnés, d’autant que ceux qui décident n’ont pas besoin de lutter pour être influents.

La désillusion engendrée par le dit progrès laisse place à une complexification de la société, à des injustices, au désordre, à l’indétermination, à l’incertitude, à la peur. Et cela se passe dans une société travaillée par des mouvements exclusivistes et par une volatilité qui obstrue toute projection dans l’avenir.

Le désengagement de l’Etat de la sphère des activités productives est accompagné par l’accroissement d’une privatisation qui recourt aux instruments du management et du marketing ; En effet, le discrédit du politique et le marasme économique s’alimentent de la conjugaison de l’incapacité des décideurs à répondre aux attentes des citoyens d’une manière générale et des jeunes d’une manière particulière et de leur impuissance à peser sur le cours des choses.

Le reflux de l’engagement militant dans les structures politiques et économiques qui servait, traditionnellement, de dispositifs de médiation entre politique et sociétal et la désaffection des jeunes se traduit par le faible niveau de l’implication et par l’absence de vie politique réelle à la base ; sachant que la démocratie présuppose l’existence d’une communauté politique, que les gens s’identifient à des valeurs communes, pour que le lien politique ne repose plus sur une conscience diffuse d’appartenance.

Une telle situation est amplifiée par la perte de confiance dans les élites dont on conteste le mode de recrutement et les privilèges qui leur sont accordés et dont on remet en cause l’efficacité, les compétences et l’honnêteté ; déficits qui ont favorisé la montée des corporatismes, des égoïsmes catégoriels qui sont cause de l’affaiblissement des solidarités transversales, des désintégrations d’un tissu déjà parcellisé et de l’aggravation des inégalités et des iniquités.

Ainsi, la crise de la jeunesse est indissociable de la crise plus générale qui affecte le système économique en vigueur : les « affaires » et les scandales qui sont causés par le voilement de mécanismes économiques et financiers pour le moins opaques ; et cela se traduit par un mouvement général de désaffection et d’évitements qui obèrent la fonction expressive des structures de conscientisation et de mobilisation, de plus en plus, incapables de formuler les attentes de l’opinion.

En outre, les débats programmatiques au sein de ces structures étatiques ne sont plus que l’habillage de discours stériles qui alimentent des ambitions égotistes ; et l’animation du débat politique se limite à de petites phrases, à des « sound bits », à l’effet de surenchères systématiques. La conjugaison des pressions économiques (économisme), sociales (déliaisons sociétales) et politiques (impolitisation) à pour effet de compromettre tout développement économique et social intégré qui devrait se construire dans une logique résiliaire qui sous-tendrait la construction de toute forme d’action territoriale.

De même, la crise du vivre-ensemble témoigne de la prolifération de culturosités sauvages et d’altérations qui corrodent les liens sociétaux ; et ces dysfonctionnements se traduisent par l’incivisme, les poussées de violences, la perte de repères, l’effritement du tissus social, le desserrement des contraintes normatives… et si la jeunesse montre un visage passif, ce n’est que pour mieux dissimuler des dilacérations internes et ce, depuis la capitale de la nation, jusqu’aux endroits les plus reculés et enclavés du pays : dans les ténèbres, on n’a pas le choix dit le proverbe

Les jeunes sont entrainés pour leur quasi-totalité -dont de forts talentueux et intelligents dans tous les domaines- dans une forte servitude et dans des exclusions en réponse à la confiance qu’ils ont placé en leurs dirigeants et qu’ils leur ont rejeté à la figure. Pendant ce temps, ces dominants -à l’apparence d’élite- détournent l’attention des populations au moyen de complots montés en épingle qui stigmatisent ces jeunes exclus ; lesquels jeunes ne font que refléter l’image de la société dans laquelle ils vivent, avec l’hypocrisie en moins.

Dans un tel contexte déclassant et dévalorisant, pendant que les jeunes cherchent à se positionner, désespérément, dans les processus de production, les dominants s’exhibent dans les extravagances et se bardent d’apparats dans le faste ; ces dominants veulent, en fait, des ressources serviles, dociles et soumises à leur puissance : une civilité humiliante faite d’apparences et d’opulences avilissantes.

Ainsi, la jeunesse évolue dans un milieu hostile et pour survivre, elle doit se tailler un personnage tout en dissimulation ; elle se débat et se cherche dans un monde qui promeut l’oisiveté, l’indifférence, le désir de s’enrichir sans travail, l’aversion, l’abandon des engagements, le tout charrié par un mouvement d’idées qui vantent l’individualisme, la superficialité, la médiocrité et l’intrigue qui ruinent les finances de l’Etat et déstructurent la société.

Cette jeunesse assiste spectatrice à l’agonie de ses rêves, à chaque fois avariés par des vices moraux qui avancent masqués par une dite vertu érigée en doctrine, alors qu’il ne s’agit que d’une dérive curiale et décisive, entachée de scandales et de chaos. En fait, cette jeunesse est malade d’une conception enténébrée de la politique et ce, dans un contexte plus fermé que jamais, un contexte où l’ascension sociale est bloquée et où le mérite s’estompe devant les faveurs.

Le rapport à l’enseignement
L’avenir de toute société réside dans son projet pédagogique qui doit s’articuler autour de l’instruction et de l’éducation[1]. Ce projet pédagogique doit, fondamentalement, favoriser l’autonomie, l’esprit critique, la responsabilité, la coopération et les solidarités pour transcender les dysfonctionnements et l’indifférence.

Par ailleurs, le projet pédagogique[2] ne doit pas être un simple habillage d’un quelconque « prêt-à-penser » qui masquerait l’inhumanité et les distorsions ; il doit se focaliser sur le fait de faire désapprendre les idées fausses véhiculées par l’idéologie dominante. A cet effet, la société a besoin d’un réel projet pédagogique pour assurer entre les citoyens une suffisante communauté d’idées, transmettre un éthos à l’effet de produire des personnes autonomes et produire des idées dans leurs contextes socioculturels : un enseigné violenté s’expose à devenir un adulte violent, et parce que n’ayant pas été respecté, il ne saurait respecter les autres.

Les valeurs ont été évidées de leurs contenus au profit de mesures technicistes et de calculs programmatiques, sous prétexte de chercher des solutions consensuelles, plutôt que de travailler à dépasser les dysfonctionnements. Une telle attitude fait que l’enseignement se comporte en usine à saucisses ; la majorité des enseignants, des « doctes », des chercheurs, des enseignés se voient reconnaitre -sans réagir- une spécificité dévalorisante. Et comble du risible ! Ils se laissent enrégimenter dans des techniques indicibles -dites de management- pour vendre et se vendre agressivement sous le couvert d’une quelconque « gouvernance ».

Le chercheur devient une sorte d’entrepreneur qui développe une clientèle auprès des entreprises. Et l’écriture universitaire avilit, de plus en plus, les étudiants par le recours à des artifices, à des suffixes et à des préfixes à la mode, à des termes en vogue dont on ne saisit qu’approximativement les contours généraux. Par ailleurs, le discours universitaire est opacifié pour masquer l’absence de pensée, sans oublier qu’il recourt systématiquement à l’écriture de fragments, « diaporamas » plutôt qu’à l’écriture de livres et d’articles, ce qui rend impotente la pensée.

L’enseignement est désormais dévoyé et sans autorité, il vend sans problèmes des résultats de recherche à des bailleurs de fonds ; et les enseignants sont devenus des courtiers d’entreprises, loin de toute faculté de recherche et sans l’ombre d’une distance critique. La phrase est en train de disparaitre et avec elle les composantes logiques, les paradoxes et les nuances ; le logiciel prive la pensée de toute évaluation et la déroute par la production utilitaire et marchande.

Pire, les ilots d’enseignement de qualité encore saufs sont condamnés à disparaitre, du fait que la tendance dominante conduit à s’éloigner des maîtres qui provoquent et qui éclairent ; ces maîtres qui dispensent des formes d’intelligence et qui permettent à l’impétrant de se réapproprier ce qu’il sait : Jacques Lacan parle à ce propos d’éclair de connaissance, ce moment où les lettres font mot, les mots phrases et les phrases sens.

Par ailleurs, le concept d’« expert » est devenu la première définition des universitaires et il est même érigé en pensée, pour habiller la manœuvre qui se pare de mots creux tels la participation, l’innovation, le mérite, l’engagement… En effet, c’est en vertu de certains de ces « savoirs » que les décideurs modélisent la société, dans le sens entrepreneurial où ne prévalent que technologie, promotion personnelle, systèmes d’information… Des pavillons des institutions de l’enseignement se sont laissés baptiser aux noms d’entreprises, des chaires au noms de PDG, des bourses d’études portent les noms des commanditaires ; sans oublier que les séminaires produisent des marchandises que sont les étudiants et les professeurs qui acceptent sans rechigner des rapports de subordination serviles.

Ainsi, le jeune chercheur de jadis mu par des passions impérieuses et par une imagination souveraine, l’université de jadis, institution autonome qui formait des jeunes libres et critiques sont à conjuguer au passé : désormais le « savant » se définit comme l’expert techniciste. Par ailleurs, les étudiants ne sont plus que des consommateurs de cours ramenés à leur dimension la plus courte, celle des « power points » et des diplômes « taillés sur mesure », sous prétexte que les cerveaux doivent correspondre aux besoins du marché ; et à cet effet, on voit proliférer, au nom de l’innovation et de l’excellence des disciplines et des diplômes incongrus.

L’université n’existe plus par la qualité de ses recherches et des formations qu’elle décerne, elle vend sa marque ; elle est devenue un espace de « slaloms lexicaux contingentés » ; elle souffle le chaud et le froid, la vénalité et l’éthique, la compromission et le dissensus : elle met à la disposition du marché une main d’œuvre « ciblée et experte » en concepts en vogue et chargés d’émotion bien que d’apparence savante.

Désormais, on parlera de catégories à la place de classes sociales, on évitera d’utiliser des termes tels « la justice fiscale », jugés trop politiques, voire même interprétés comme chargés de ressentiments, on parlera de « mal gouvernance », au lieu de distorsions sociales. On fera tout pour masquer les crimes et le darwinisme social et naturel : les institutions de recherche se cantonnant dorénavant dans un univers très policé où l’hypocrisie de façade est la règle, une sorte d’auto inhibition qui émousse toute prise de conscience.

La novlangue de la « bonne gouvernance[3] » -qui comprend les dénominations « création d’emplois », « développement durable », « responsabilité sociale des entreprises », « multiculturalisme », « société humaine »… supplante la résultante des délibérations, pour leur préférer le consensus qui gomme toute forme de dissidence au sein des groupes, en contraignant les acteurs à utiliser un jargon unique et à convenir du même objectif.

Le langage vaseux et approximatif -qui a colonisé la pensée politique- empêche les mieux intentionnés de s’orienter, au point que la société devient incapable d’imaginer un ordre dominant autrement que tel qu’il s’impose ; Et ce marasme dans lequel se débat la jeunesse doit sonner l’heure de l’engagement, pour contrer les distorsions qui dépravent la pensée, disloquent la psyché, inhibent la volonté, dévastent les solidarités, infestent les territoires, interdisent de repenser le renouveau de nouveau ; sachant que la fourmi passe sous la patte de l’éléphant, dit encore le proverbe.

Le rapport à l’expertise 
Le politique est tout entier irradié par l’aventure de la technologisation et de l’expertise ; et tout homme est astreint à une obligation de se référer à ces outils : les prestations expertisantes sont devenues un moment clé dans l’exercice du métier politique et de cette référence, dépend largement la position occupée dans le champ politique.

L’ère de la disputation a cédé la place à l’art de l’apparence où ne règne que le faux-semblant, le paraître et la séduction et l’ère Maroni a succédé à celle de Gutenberg. Cette « onction expertisante » confère à celui qui en bénéficie une surface politique plus large, elle devient même source d’une légitimité concurrente. Et partant, on assiste à l’émergence d’une parole politique à la fois labile, fluide, immédiate, brève, succincte, discontinue et soumise à l’injonction de la simplicité : une conversation-spectacle dans laquelle les données s’effacent derrière le spectacle, le corps devenant un objet-phare.

En effet, l’économisme qui règne au sein du système actuel n’est en rien l’œuvre d’individus, mais une construction idéologique qui pontifie le narcissisme et le darwinisme social ; situation paroxystique dont les conséquences sont le déchétarisme et le trésordure qui témoignent de l’aberrance du productivisme, élevé au rang de « religion de marque », au point qu’un PDG de l’Institution Financière Goldman Sachs a déclaré « je fais le travail de Dieu » !

Le système actuel a hissé aux sphères de « gourous » et d’« experts », des individus dont les motivations ne sont pas la valorisation ou le positionnement social et encore moins celles de servir la société ; ils ne sont là que pour se servir dans un système qui a fait disparaitre les métiers au profit de prétendues professions, à l’image de celui qui vend des repas à la chaine, sans savoir préparer le plus simple des plats, de celui qui vend des livres sans en avoir jamais lu un, dans un monde qui se parade de perfections techniques pour masquer son inénarrable médiocrité.

Cela se passe dans une société où les métiers cèdent la place aux fonctions, où les pratiques sont ramenées à des techniques, où les compétences sont réduites à de simples exécutions : le travail devenant un simple moyen de subsistance et un moyen pour faire produire la valeur marchande ; et tous ceux qui s’y opposent sont traités d’hommes de ressentiment, de surnuméraires et d’excédentaires. Cela se passe aussi dans une société où l’expert réduit l’analyse au « sème » (unité minimale) et reproduit le fantasme d’un monde formé d’individus qui capitulent devant la pensée, qui refoulent toute critique et qui se détournent de la vitalité intellectuelle et de l’audace des courants de pensée.

De même, les déverbaux de l’expert (dérivations lexicales : gouvernance, dirigeance, militance, survivance, migrance…) qui promeuvent les errances doivent être contrés à la manière d’Emile Zola quand il dit, les « … gens que j’accuse, je ne les connais pas, je ne les ai jamais vus, je n’ai contre eux ni rancune ni haine. Ils ne sont pour moi que des entités, des esprits de malfaisance sociale. Et l’acte que j’accomplis ici n’est qu’un moyen… pour hâter l’explosion de la vérité et de la justice ».

Le rapport à l’intégration des jeunes
La rue perd, de plus en plus, son statut stratégique de théâtre de sociabilité et d’opérations de contestation et de vivre-ensemble ; elle devient une scène de tiraillements maximalistes et de violences erratiques ; aussi, faut-il se libérer de la peur en tant que phénomène négatif, car si la peur[4] peut inspirer des politiques de réformes, elle peut être source d’inégalités sociales et de malaises politiques, tant dans le vécu que dans le réflexif.

Au lieu d’assister à l’éveil d’aspirations intégratives, de voir naître de nouveaux mouvements qui expérimentent de nouveaux rapports sociaux pour quêter de nouvelles formes de politisation et de stabilité susceptibles de permettre un meilleur vivre-ensemble dans un monde individualisé déserté par la tradition[5] ; le système actuel hisse la peur au rang de vertu, alors que l’honneur et la dignité sont souvent perçus comme des vices.

En effet, l’intégration de la jeunesse renvoie à la production de projets sociétaux rationnels intégrés et intégrateurs dans les différents secteurs de la vie socioéconomique ; et l’efficience de cette intégration permettra de mettre en exergue le capital confiance, de recouvrer la dignité par la réappropriation du territoire et ce, à l’effet de régénérer la responsabilité pour enclencher un processus de développement intégratif.

L’intégration désigne la conception et la conduite de processus de développement dans leur ensemble ; et son efficacité permet au citoyen de mettre en échec l’omnipotence des dominants, de mettre en exergue la liberté, de recouvrer la dignité par la réappropriation du sens dans la lutte qui oppose les hommes et ce, à l’effet de régénérer la responsabilité pour enclencher un processus de développement intégratif par des actions profondes et sereines.

En effet, la globalisation économiste masque derrière un discours consensuel, une unidimentionnalisation omnimarchandisante qui plonge la jeunesse dans un univers dépourvu de toute sociabilité et de toutes les solidarités ; sachant que les injustices et les violences apparaissent brutalement au constat des extrêmes misères des uns et à l’immense richesse des autres.

En outre, ce désenchantement des jeunes provoque une inertie ankylosante qui est vécue sans réaction, comme si ce n’était qu’un simple travers sans dangers ; par ailleurs, leur exclusion des processus de production, du fait d’un projet sociétal approximatif et de la quasi inexistence d’une stratégie globale de développement expliquent la stase idéologique.

« Plus c’est gros plus ça marche[6] » -telle est la phrase inexactement attribuée à Joseph Goebbels, alors qu’elle est d’Edward Bernays[7]- explique la tyrannie de l’immédiateté. Aussi, s’agit-il de faire perdre à ce Goliath, le néolibéralisme -avec sa tyrannie, son iniquité, sa sauvagerie- sa symbolique et son auréole, car il ne laisse derrière lui que dégout, démultiplication de répressions et de guerres, discrédit des nobles causes et renforcement de l’ordre établi, sans pour autant céder à la tentation de vouloir corriger une mauvaise démesure par une bonne démesure :

Il faut inscrire sa colère dans l’acier, son amour dans les diamants, sa douleur dans le marbre.

 
[1] L’instruction consiste en la transmission des connaissances ; elle est un renseignement utilitaire qui fonde le savoir-faire et l’art de faire. L’éducation, de son côté, consiste en l’enseignement de la grammaire de la vie et de l’art de vivre : l’instructeur parle à l’enseigné pendant que l’éducateur parle avec l’enseigné.
[2] Pendant que la pédagogie vient du grec antique « pedagore », donner la main, l’éducation vient du latin « educare », élever au sens de l’élévation vers la liberté, loin de toute punition, du verbe latin « punire », se venger et de toute sévérité, du verbe latin « saevire » qui renvoie aux sévices et aux violences.
[3] Ce terme signifie dans la France du XVe siècle le fait de bien se tenir ; les Anglais au XVe siècle l’utilisent furtivement. Depuis, le terme s’évanouit jusqu’à ce qu’on le retrouve à la fin du XXe siècle dans le domaine managérial de l’anglais dans le discours politique de la mondialisation contemporaine. Olivier Williamson est parmi les premiers théoriciens de l’organisation à réactiver le terme « gouvernance » dans le dernier quart du XXe siècle pour décrire et réguler le fonctionnement des instances et des structures d’entreprises. Le milieu d’affaires adopte l’usage du mot à son tour, au sens d’intégrité et de rigueur dans la gestion des entités privées (IBM, KODAK, HONYWELL, WORLDCOM, ENRON… La mise en place de programmes ; le dérèglement de l’économie par l’application de méthodes de saine gestion de fonds ; cette reconfiguration des règles prend appui sur une volonté des institutions privées de s’auto-réguler. Elles sont invitées à créer des mécanismes d’encadrement de leur organisation au point que la bonne gouvernance en vient pour l’entreprise à justifier l’adoption de mesures accrue de surveillance, pour mettre au pas et optimiser la moindre des opérations.

[4] Pour Montaigne, la peur constitue l’obstacle le plus létal et le plus grand des maux qui menacent la société, si pour John Locke, elle constitue le principal aiguillon de l’activité humaine, car la quiétude et l’indifférence conduisent à la stase, à l’inaction, à la mélancolie, au désespoir, si pour Montesquieu, la peur est un moyen de fonder l’ordre politique, elle persuade l’individu à se soumettre, si pour Edmond Burke l’homme ne ressentirait aucune sensation, pour Tocqueville la peur vassalise l’homme et annihile son énergie.
[5] Dans un contexte où l’antienne « la fin du progrès » revient à chaque catastrophe de haute technophilie (nucléaire civil, informatique, internet, biotechnologie…).
[6] A grands coups publicitaires, l’Affaire Dreyfus, avec l’Aurore de Clémenceau et le « J’accuse » de Zola, une banale affaire d’espionnage qui s’est imposée à l’époque de Jean Jaurès comme l’affaire antisémite du siècle ; en fait, cette affaire marque la puissance des médias et son corollaire l’argent.
[7] Edward Bernays est un aventurier opérant pour l’Amérique capitaliste ; né à Vienne en 1891 neveu de Freud, juif ashkénaze, il émigre aux USA en 1892 ; il écrit l’ouvrage « Propaganda » en 1928 et il définit la démocratie comme « la manipulation des masses par cet organe exécutif du gouvernement invisible qu’est la propagande ; soit ce processus de modelage des opinions pour les intérêts d’une certaine élite. Il est le père de la propagande et qui est appelée aujourd’hui : relations publiques.

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