L’intégration du Maroc dans son contexte Africain


L’intégration du Maroc dans son contexte Africain

« Je distingue deux moyens de cultiver les sciences l’un d’augmenter la masse des connaissances par des découvertes et c’est ainsi qu’on mérite le nom d’inventeur ; l’autre de rapprocher les découvertes et de les ordonner entre elles, afin que plus d’hommes soient éclairés, et que chacun participe, selon sa portée, à la lumière de son siècle, »

DIDEROT

 

 Au crépuscule du XIe siècle, un Occident plein d’arrogance et de turbulences prend la mer pour s’accaparer le globe, surexploiter ses terres, « civiliser » ses peuples et leur imposer ses visions et sa religion ; le tout représentant à ses yeux le summum de la réussite humaine. Avec ce XXIe siècle, le monde s’ouvre sur fond de carnages, d’obus, de bombes, de mines, de violences… de jeunes qui ne seront jamais vieux. Le monde des violences avec sa furie, ses cruautés, son effroi abject qui s’imposent au quotidien dans les faits et dans les discours. Ces violences ont pris des formes plus subtiles avec la révolution numérique qui permet le contrôle de l’instantané, sachant que le hasard inquiète et que l’inattendu affole.


Sachant que l’homme a toujours fantasmé et sublimé la violence donnant ainsi raison à Nietzche, « vivre, c’est essentiellement dépouiller, blesser, violenter le faible et l’étranger… parce que la vie est volonté de puissance »[1] ; Et dans ce contexte, le monstre devient fréquentable, la perversion s’institutionnalise et le bourreau s’assoie à la même table que la victime, sans que cela ne révulse personne.

Le rapport entre le territoire et la terreur a changé et cela tient au savoir et à la technoscience qui brouillent la distinction entre guerre et violences extrêmes ; lesquelles violences peuvent être très graves parce qu’invisibles, silencieuses, plus rapides et plus sanglantes[2]. Sans remonter loin dans l’histoire, ces violences comme celles de Hobbes de Schmitt, de Benjamin Constant… étaient louées et leurs auteurs étaient montrés comme des combattants de la liberté dans bien des contextes.

L’âge des incertitudes et des catastrophes est désormais celui du présent ; il conjugue l’appréhension d’un futur à sinuosités méandreuses et les risques qui sont beaucoup plus probants que le progrès. En effet, le mal-être (précarité, chômage et travail non déclaré) est devenu le destin de tous les jeunes et que choisir son travail est, désormais, une préoccupation qu’il faut conjuguer au passé ; pendant que de l’autre côté de l’échelle sociale tout est doré, mielleux et sans difficultés ; avantages qui sont le fruit de la déprédation, des injustices, de l’arbitraire et des privilèges voilés[3] : un véritable darwinisme et une course effrénée pour l’ « avoir ».

I/ Contexte géopolitique globalisé

Ceux qui dirigent le monde sont sous l’effet de névroses ; ils sont convaincus que l’Occident est sous la menace imminente de nouveaux barbares (Arabes, Maures, Musulmans…) et ce ne sont pas les cris de quelques sages esseulés -qui dénoncent ce « complot virtuel »- qui changeront le cours de cette lancée ; sachant que le spectre d’une recolonisation, version XXIe siècle a déjà commencé.

En effet, les dominants accentuent leur déprédation et la monopolisation de la production et de la commercialisation des ressources et des services. De même, la globalisation conduit à une anomie qui fait triompher des indifférence, fléaux qui sont, actuellement, mis en vedette ; mais ce qui est paradoxal, c’est que ce système continue d’exercer une fascination, bien qu’il ne promeuve que des sentiments confus, de malaises et de marasmes où se mêlent visions catastrophistes et conclusions alarmistes.

Tout cela fait que depuis le début des années 2000 l’homme vit dans le vortex d’un nouveau retournement du monde mené par les dominants ; il vit un nouveau délire, celui de s’accaparer les richesses du reste du monde avec de nouveaux paramètres. Ce processus est décliné de différentes manières, notamment sous l’appellation de « Grand Moyen Orient », d’ « Union Pour la Méditerranée »… procédés qui visent une emprise sur l’extraction et l’acheminement des ressources, particulièrement les hydrocarbures de la rive sud de la Méditerranée, avec le soutien de régimes en place, acquis à leur « cause » !

I/1 Global

Pendant qu’on ressasse aux peuples le terne menu d’une crise planétaire, avec pour seul plat quotidien, le déficit et l’austérité -subterfuges qui conduisent au démantèlement des services publics les uns après les autres- les puissants jouent à l’ostentatoire et étalent leurs richesses insultantes et leurs turpitudes qui dépassent à chaque fois l’imaginaire. De même, pendant ce temps, le cynisme des dominants instaure un univers darwinien de lutte de tous contre tous, allant même jusqu’à alléguer, sans retenue, que ce sont les riches qui sont menacés par l’avidité des peuples dont les « coûts » d’entretien sont devenus insupportables.

Pendant que les dominants parlent de la globalisation comme d’une nouvelle « voie » qui tirerait les peuples vers l’utopie d’une société fraternelle, la réalité est toute autre, une vie de peurs de plus en plus globales… et leurs symboliques imaginales effrayantes ne sont jamais très loin, notamment par le recours aux images des viols collectifs de Boko Haram, des charniers du drapeau noir des « islamistes », des otages décapités d’Al Qaïda, des massacres de Daesch.

Ces symboliques sont bien organisés et mis en scène par des inqualifiables références, tels Renaud Camus, Éric Zemmour, Michel Houellebecq, Alain Finkielkraut, Daniel Lindenberg, Richard Millet, Pierre ManentAlain BesançonSamuel TriganoJean-Claude MilnerAlain Badiou, Michel Déon… et d’autres rebus d’une prétendue intelligentsia occidentale qui charrient et profèrent des vomissements racistes et xénophobes qui essaiment des replis sur soi et des risques gravissimes ; et par l’instrumentalisation d’une telle situation, ils sont à la fois  les commanditaires et les bénéficiaires des violentes hécatombes qui secouent les sociétés tant au nord qu’au sud de la Méditerranée.

Dans un tel contexte de défiances et de césures, les territoires sont devenus de simples espaces de surexcitation où le « trop » a pris ses quartiers un peu partout et règne en maître incontesté partout dans le monde. Trop d’écarts entre ceux qui ont trop de dettes, trop de difficultés financières, trop de soucis de survie… et ceux qui ont trop de biens, trop de pouvoir, trop d’argent, trop de terres, trop de facilités, trop de confort, trop de mobilité… une overdose de toute part. Les territoires revêtent désormais des allures de champs de bataille où les failles, les fractures, les gouffres, les écarts, les abîmes ne cessent de s’aggraver et de s’étendre ; et l’âge des lumières, tant galvaudé par le système néolibéral a débouché sur un nouvel âge obscure, infantile, adulateur et obséquieux où deux catégories de SDF (sans domicile fixe/sans difficultés financières) se coudoient et se défient dans une transe du « plus ».

La vie n’est plus qu’une surenchère de superlatifs et adjectivations conjugués à l’infini et cela se passe sur des territoires où les référents socioculturels, piliers de toute société intégrée, ont volé en éclat ; le tout étant présenté sous le signe d’un combat pour la liberté, sachant que les plaies suppurantes des exclusions sont assimilables à un virus, plus on en bombarde, plus ils se répandent, Irène Khan[4] disait à juste titre « On est en train de mettre en place une nouvelle politique, qui utilise la rhétorique de la liberté et de la justice pour faire régner la peur et l’insécurité ».

Les effets de ce système globalisé sont douloureusement et durablement ressentis –peut être que la déprédation est tout ce qu’il y a de durable dans ce système. Les individus dans une telle société ne sont plus des citoyens, ils sont de simples consommateurs gloutons et cette épidémie consumériste infeste toutes les parties du globe et ce, dans le seul but de s’accaparer les richesses des pays, d’atomiser, d’apprivoiser et de domestiquer ses habitants devant les yeux de leurs décideurs affairés dans des controverses spéculatives. Par ailleurs, le fort de ce système est d’instrumentaliser les champs intellectuel, médiatique et politique en mettant en exergue des consensus illusoires entre des groupes sociaux que tout oppose, sachant que le discours lyrique sur le consensuel accentue l’isolement de l’individu et le plonge dans un univers dépourvu de toute sociabilité.

Pour virginiser ce système et éluder ses dysfonctionnements, les dominants se présentent comme des meneurs d’hommes dotés de compétences exceptionnelles que leur a permis la fréquentation de grandes écoles, d’illustres instituts et d’universités reconnues internationalement ; Et cette auto-reconnaissance de qualités de « génies » leur ouvre la porte pour s’imposer en tant que leaders et se permettre des rémunérations exorbitantes et obscènes. D’ailleurs, grâce à leur activisme, ils concentrent richesses et pouvoirs, ce qui démultiplie les césures et participe à la transformation des territoires en théâtres de duperies, de complicités et d’hypocrisie de façade où l’individu est mâté et domestiqué, à la manière d’un « chien de Pavlov » : sachant que tous les médias participent à cette tartufferie, quand ce n’est pas avec la connivence du politique, pour lequel les idées ne sont plus nécessaires pour gouverner, les imagologues se chargeant de tout l’organisationnel.

En fait, la ségrégation sociale, conséquence du système néolibéral sécrète une ségrégation spatiale et leur imbrication l’une dans l’autre aggrave les distorsions sociales et les violences paroxystiques ; tout comme elles conduisent à l’émoussement des solidarités existentielles qui dignifient et qui permettent de se reconstruire, pour ne laisser planer que des solidarités assistancielles désintégratrices des construits sociaux. D’ailleurs, au concept de « la lutte des classes » qui est dialectique et ontologique, on a substitué des vocables indicibles, vaseux et réversibles tels, « population défavorisée », « jeunes désœuvrés », « population exclue », « zones sensibles » qui masquent et éludent les réels antagonismes.

De même, pour s’implanter profondément et se faire accepter, le système dominant a évacué les concepts classiques propres à la lutte des classes ; les ouvriers sont désormais des « opérateurs de production », les manœuvres sont devenus des « techniciens de surface » et les coursiers se sont métamorphosés en « agents de liaison ». Toute l’architecture sociétale est devenue ambivalente, mensongère et imprécise, elle avance dans l’esquive et dans le louvoiement : la peur devenant la meilleure parade à tout questionnement. Dans ce système, il n’y a plus de citoyens, il n’y a plus de classes sociales ; seul compte le gigantisme des besoins qui sont entretenus par les entreprises et la publicité est là pour leur faciliter l’accès.

L’approximation phraséologique axée principalement sur l’ « avoir » devient le cheval de Troie des dominants, appliquant à la perfection l’axiome de Colbert « plumer l’oie, pour obtenir le maximum de plumes, avec le moins de cris possible », pourtant, Dostoïevski alertait dans « L’idiot » que ce qu’il y a de vile et d’odieux dans l’argent, c’est qu’il confère des talents et une intelligence à celui qui le possède[5]. En effet, au sein de cette grande truanderie, fleurissent partout des fondations, créées par des entreprises et par d’omnipotents barons, qui allèguent œuvrer pour alléger les souffrances des laissés pour compte et lutter contre les injustices, alors que les inégalités et les injustices dont il s’agit n’existent que par la force de ces dominants. En fait, accepter ces outils dits hypocritement « distributeurs de bonté et de pitié », revient à cautionner le crime et à s’inscrire dans la complicité et dans la compromission.

Ce qui est paradoxal, c’est que d’une part les distorsions, doucereusement distillées, ne sont pas ressenties comme un arbitraire du fait que ce système avance, sous l’apparat de la quête du progrès ; et que par ailleurs, les populations continuent de croire que les « ingénieurs », les « consultants » et les « experts » de ce système œuvrent pour leur trouver les meilleures solutions. D’autre part, cette massification humaine -inédite- est présentée comme un package salutaire et légal, sachant que les dominants s’inscrivent dans le long terme et qu’ils appartiennent à une lignée dont l’influence a pénétré en profondeur tous les secteurs de vie socioéconomique : le désir de puissance et de domination ayant supplanté toute morale et ce, pour maintenir l’individu dans la nébuleuse néolibérale, depuis la naissance, le mariage, l’entre soi et jusqu’à la mort.

En fait, le système dominant a déjà repris son bateau de pèlerinage de recolonisation, tel qu’il l’avait commencé au XVIe siècle -avec d’autres moyens- pour dicter au reste du monde la conduite à tenir et en lui imposant sa civilisation comme summum de la réussite moderne, pendant qu’il exploite et surexploite des terres et des richesses qui ne lui appartiennent pas. Ce système se veut l’unique « voie » du progrès, le moteur d’un plan divin et de ce fait, il conteste aux autres ce qu’il promeut, pire il les tue pour leurs idéaux et leur impose une guerre paroxystique.

Tout ce que fait ce système a valeur de normes avérées opposables au reste de l’humanité, Roosevelt écrivait au diplomate britannique Cecil Spring Rice (1859-1919), « J’exècre et méprise le pseudo-humanitarisme qui considère que les progrès de la civilisation entraînent nécessairement et légitimement un affaiblissement de la combativité, et invite ainsi à la destruction de la civilisation avancée [étasunienne] par un type moins avancé. La sécurité du continent serait le pilier du rôle mondial des USA reposant sur l’affirmation musclée de leur intérêt national » et d’ajouter « c’est à nos actes qu’il faut juger nos paroles ».

De même, fidèle à la même ligne, JFK[6] (1917-1963) lors du discours d’investiture de 1961 disait clairement que « nous paierons n’importe quel prix… nous supporterons n’importe quel fardeau… nous surmonterons n’importe quelle épreuve… nous soutiendrons n’importe quel ami et… nous combattrons n’importe quel ennemi pour… la victoire de la liberté [acception étasunienne] ». En fait, cette stratégie est énoncée dès 1945 « Quiconque occupe un territoire y impose son propre système social. Tout le monde impose son système aussi loin que son armée peut avancer. Il ne peut y être autrement. »[7].

Par ailleurs, la théorie de la guerre  -« du combat juste », celui du dominant- connait une nouvelle jeunesse et l’illustration la plus forte est concrétisée par les déstabilisations et les bombardements de pays comme l’Afghanistan, l’Irak, la Syrie, la Libye… un Professeur[8] disait à ce propos, « Je suis incapable de trouver la moindre différence morale, politique ou juridique entre ce Jihad mené par les USA contre ceux qu’ils croient leurs ennemis et le Jihad mené par les groupes islamistes contre ceux qu’ils croient leurs ennemis ».

Ce XXIe siècle, comme celui qui l’a précédé sont des siècles de guerres apocalyptiques, de conflits d’une dangerosité sans précédent et de distorsions gravissimes qui déciment de nombreuses populations. D’ailleurs, la vie, la liberté et la justice n’ont de sens que si elles sont entendues au sens de cet ordre unidimensionnel et unidirectionnel, même s’il n’arrive toujours pas à s’imposer en tant que pensée unique. Cependant, l’ordre[9] actuel entretient une situation de convulsions généralisées et exploite le chaos qui règne dans les Etats dominés par le feu et par la peur[10]. Lord Palmerston homme politique britannique disait au XIXe siècle, « Nous n’avons pas d’alliés éternels et nous n’avons pas d’ennemis éternels. Nos intérêts sont éternels et perpétuels, et ce sont ces intérêts qu’il est de notre devoir de défendre ».

L’ordre du système actuel ne laisse d’autres choix que la paix dans un vaste cimetière à chaque fois élargi par les dévastations des populations dominées, oubliant que plus l’ambition de changement est grande, plus il est fait violence aux idéaux que ce changement prétend accomplir[11].

En effet, le non-respect des droits humains et les exclusions de toutes sortes sont à l’origine de la montée en puissance de violences qui se traduisent en actes des plus atroces et des plus barbares. Actuellement, dans un élan d’inconscience totale et comme pour démultiplier encore plus les dangers, un énorme fossé continue de séparer le discours de la réalité quant à la lutte contre les dissonances ; mais que peut-on faire, lorsque les pays qui se prétendent les plus démocratiques continuent d’enregistrer des entorses majeures à la légalité et au mépris effarant des droits humains et à l’Etat de droit.

II/ Le Maroc dans son environnement régional

II/1 Le National

Parler du Maroc[12] serait inintelligible si on ne le replaçait pas dans ses contextes régionaux à la fois politiques, économiques, sociologiques, culturels (vernaculaires/moderne), idéologiques, stratégiques pour le lire, ou plus exactement le relire dans ses rapports à l’Europe, à l’Afrique, au Maghreb, au monde arabo-musulman.

Certes, des écarts manifestes hérités du protectorat et aggravés depuis, continuent d’obérer le présent et de freiner les attentes sociales ; certes, de difficiles réalités économiques continuent d’engendrer des dysfonctionnements gestionnels ; certes, un contexte régional de guerres, imposé à ce Pays depuis presque un demi-siècle, handicape la pleine réalisation de ses objectifs stratégiques, néanmoins, face à ces aléas, et il faut le souligner, le système et la société marocains ne stagnent pas. En effet, contrairement aux tsunamis qui ont balayé la quasi-totalité des pays de la rive sud de la Méditerranée, le Maroc reste debout[13] et c’est ce qui intrigue et irrite les uns et constitue un indicible pour les autres…

Et au lieu d’apprécier cette situation à sa juste valeur, l’Occident laisse libre, voire accompagne la déstabilisation des rares Etats encore debout : allant de l’intervention directe au soutien des responsables de la déstabilisation, à des prises de position irréfléchies[14]… à des charges enragées d’une certaine presse et milieux intéressés et/partiaux.

De même, au lieu de tenter l’intellection de ce Pays qui ouvre à la fois sur l’Europe et sur l’Afrique et qui participe, sans doute aucun, à l’endiguement des insécurités en provenance des pays du Sahel et des autres pays méditerranéens ; certains puissances de l’environnement régional, tant au nord qu’au sud de ce Lac, voudraient charger ce Pays de tous les maux, voire en faire le champion de la planète en compromissions, en corruptions, en clientélisme, en déficits abyssaux, en injustices, en horreurs, en dossiers véreux : à croire que l’enfer serait plus vivable que le Maroc.

De même, parce que sa stabilité n’est plus à prouver, le Maroc a bien a été le premier à organiser au lendemain des attentats de New York du 11 septembre 2001 une cérémonie à la Cathédrale de Rabat (le 16 septembre 2001) en présence du Gouvernement, de personnalités du Royaume et des représentants des différentes religions monothéistes présentes dans le pays.

Par ailleurs, l’ouverture du Pays sur les autres civilisations ne date pas d’hier, déjà à partir de la deuxième moitié du XVIIe siècle, une série de traités étaient conclus avec la France (1631) pour la liberté du culte sur le territoire marocain et avec l’Espagne (1793) pour garantir les mêmes libertés : sachant que dialoguer ne renvoie pas à une absence de désaccords. En outre, si certains s’interrogent sur la particularité des rapports avec les juifs, c’est qu’ils ne savent pas qu’après le Yémen, le Maroc abritait la deuxième plus forte diaspora juive dans le monde, sans oublier que sous le gouvernement de Vichy, le Souverain défunt Mohamed V s’était opposé au fait de particulariser les juifs en leur faisant porter l’ « étoile de David », menaçant de la faire porter à la Famille Royale et au peuple marocain, si une telle décision venait à être prise[15].

Dans ce Pays millénaire, la politique s’est toujours démarquée naturellement de tout aventurisme qui est source de dangers gravissimes et de crises létales. En effet, pour ce qui est du trafic de la drogue 34% des saisies mondiales (7 tonnes de cocaïne/crack) et des tonnes de cannabis transitent par le sud de la Méditerranée, alors que le Pakistan ne représentait que 18%. Il faut préciser que ces flux de drogues dures prennent leur naissance dans les Amériques pour entrer en Europe, par la porte océanique de l’Afrique, dont les frontières maritimes sont loin d’être hermétiques. Et le grand désert, la « Hamada tindoufienne » constitue un grand lac de poudre blanche qui noie l’Afrique du Nord et l’Europe, via de multiples voies, depuis les profondeurs de l’Afrique océanique, jusqu’aux côtes méditerranéennes, de quoi anéantir la volonté des peuples de la région et participer à l’aggravation de l’omnipotence de lobbies narcotiques sans scrupules.

 

II/5 L’Afrique

L’Afrique constitue un lieu où convergent tous les destructeurs et les nihilistes du monde, ils viennent aussi bien de l’Occident que des environnements régionaux ; et dans un tel contexte, aucune géographie et aucune assise territoriale ne sont plus privilégiées que d’autres, pour devenir des spatiaux de conflit et de destruction.

Les catastrophes qui frappent l’Afrique sont aussi autres que militaires ; le paludisme tue entre 1 et 2 millions de personnes par an et le sida beaucoup plus, sachant que le principal allié du sida est la misère. En effet, l’Afrique subsaharienne à elle seule compte 71 % des personnes atteintes dans le monde, soit 24,5 millions de personnes adultes et enfants[16]. En outre, l’absence de solutions alternatives au modèle néolibéral a provoqué une régression du discours moral et religieux avec des crispations identitaires et ses aggravations de luttes pour la conquête ou la conservation du pouvoir…

A l’échelle continentale, l’échec de l’Union Africaine (UA), anciennement Organisation de l’unité africaine (OUA) -qui avait vu le jour en 1963 à Addis-Abeba en Ethiopie- est depuis longtemps confirmé. Son bilan apparaît globalement négatif au regard des objectifs qu’elle s’était assignée, par sa charte fondatrice, en particulier son article 2 qui prévoyait le renforcement de la solidarité entre Etats et la coordination de leurs politiques. Par ailleurs, pour ce qui est de la défense de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de l’indépendance des Etats membres, l’OUA s’est retrouvée dans l’incapacité de régler les nombreux conflits qui secouent l’Afrique, notamment ceux du Liberia, de Somalie, de la Sierra Leone, du Rwanda, du Burundi et de la République démocratique du Congo… du Sahara et ceux encore plus nombreux qui ravagent actuellement l’Afrique.

Ainsi, beaucoup de pays africains sont fragilisés par la désintégration de leurs armées et la corruption de leurs classes politiques ; et tout cela se traduit par des tensions et des spasmes qui finissent en charniers, sans que cela ne suscite les préoccupations des décideurs ou de leurs soutiens du nord, dits démocratiques. Par ailleurs, nombreuses sont les indépendances africaines qui ne sont que mystifications ; des Etats où les institutions ne sont que procédurales, où le politique se meut dans une légitimité douteuse, où le soldat se retourne souvent contre le peuple et le politique et se transforme souvent en une « lumpen-militariat[17] ». Et très souvent, dans ce Continent, on a souvent vu les hommes en uniforme répandre le chaos et la mort, notamment : au Liberia, au Sierra Leone, au Rwanda, au Zaïre, au Congo, en Centrafrique, au Soudan, pour ne citer que les charniers, les plus tragiques…

Cette dérive s’est traduite par une « gangstérisation[18] » de beaucoup de factions des armées africaines qui louent leurs services à des gangs et à des criminels. Et les noms et symboles que s’attribuent ces soldats-bandits sont très symboliques ; ainsi, le nom de « West Side Boys » de Sierra Leone rappelle le puissant gang de Los Angeles, les « combattants de la liberté ». De même, la « Cosa Nostra » ou la « Camorra » en Côte-d’Ivoire, sont des appellations empruntées à la Mafia italo-américaine, sans oublier les redoutables « Ninjas » et autres « Cobras » du Congo… Ces labels s’accompagnent de titres qui rappellent ces organisations, tels que « caïds », « parrains » et autres « boss », mimétismes qui en disent long… sur les meurtres, les vols, les viols, les pillages et les vandalismes. Ces dépassements sont l’expression de militaires brimés (Zaïre des années 1990), de militaires en quête de positionnement pour partager le pouvoir (Côte-d’Ivoire de 1999) ou de militaires qui veulent monnayer leur nouveau pouvoir de vie et de mort sur les humains et les choses (Sierra Leone, Liberia des années 1990).

Autoritarisme, instabilité politique, contestation du pouvoir, tentatives de coups d’Etat, tels sont les quotidiens de la vie dans la plupart des Etats africains ; et cette situation est en grande partie due à l’échec de greffe de l’Etat de type moderne sur un terreau truffé de dysfonctionnements majeurs. Tout cela fait que la vie politique africaine est à la fois très dépolitisée, car son enjeu n’est pas le choix d’un avenir, mais celui de s’emparer des attributs du pouvoir et des finances de l’Etat.

Tous les programmes initiés par les USA à destination de cette région de l’Afrique traitent des relations militaro-civiles, de la sécurité nationale, de l’économie de la défense…. Et après les attentats du 11 septembre 2001 les étasuniens ont accru leurs investissements militaires en Afrique. La guerre contre les violences extrêmes leur fournit les prétextes nécessaires pour intervenir et à cet effet, au printemps 2002 l’administration américaine (présidence Bush) a transformé en African Contingency Operations Training Assistance[19] (ACOTA) l’ancienne African Crisis Response Initiative[20] (ACRI).

Par ailleurs, la tentative de coup d’Etat à Sao-Tomé-Et-Principe en juillet 2003 -petit Etat très riche en réserves de pétrole associé au Nigeria- a précipité l’intervention de Washington dans l’archipel et dans le Continent africain. A peine trois mois plus tard, des compagnies pétrolières, essentiellement américaines offrent plus de 500 millions de dollars pour explorer les eaux profondes du golfe de Guinée, que partagent le Nigeria, la Guinée-Equatoriale et Sao-Tomé-Et-Principe.

Nul n’ignore que cet interventionnisme militaire, politique et économique des Etats-Unis en Afrique empiète sur les zones d’influence traditionnelles des anciennes puissances coloniales. Et cette concurrence est évidente à Djibouti, pays pauvre, désertique et sans ressources, mais un pays important par sa situation stratégique, avec une position avancée sur une zone maritime, par où transite le quart de la production mondiale de pétrole -sans compter la proximité géographique de l’oléoduc soudanais- et qui se trouve aussi bien situé sur la bande stratégique Sahel/Corne de l’Afrique que Washington s’emploie à « sécuriser » en y plaçant  une base américaine permanente à Djibouti, même si La France y maintient sa principale base militaire à l’étranger, à Camp Lemonnier.

Par ailleurs, pour parachever la maîtrise de ce Continent, les 23 et 24 mars 2004, les chefs d’état-major de huit pays (Tchad, Mali, Mauritanie, Maroc, Niger, Sénégal, Algérie, Tunisie) ont, pour la première fois, participé à une discrète réunion au siège du Commandement Européen de l’Armée Américaine (US-Eucom), à Stuttgart, pour traiter de la sécurité des pays du Sahel, zone tampon entre le Maghreb et l’Afrique noire, entre les zones pétrolières du Nord et celles du golfe de Guinée. Mais plus significative est la participation indirecte de Washington[21] depuis mars 2004, à des opérations militaires menées par les quatre pays du Sahel (Mali, Tchad, Niger et Algérie) contre le Groupe salafiste pour la prédication et le combat[22] (GSPC).

La stratégie américaine[23] en Afrique pourrait se résumer en l’accès illimité aux marchés-clés et aux sources d’énergie stratégiques ; d’autre part, les USA interviennent pour assurer la sécurisation des voies de communication, notamment pour permettre l’acheminement des matières premières vers les Etats-Unis. En toute évidence, le pétrole africain intéresse de plus en plus les Etats-Unis ; et les experts s’accordent à dire qu’au cours des prochaines années, le Continent africain deviendra, après le Proche-Orient, la deuxième source de pétrole et éventuellement de gaz naturel des Etats-Unis. Dans ce sens, deux voies stratégiques sont au centre des préoccupations militaires américaines : à l’ouest, l’oléoduc Tchad-Cameroun et à l’est, l’oléoduc Higelin-Port-Soudan et l’on parle de plus en plus d’un projet d’oléoduc reliant le Tchad au Soudan.

Naguère epsilon aux yeux de Washington, l’Afrique devient une priorité géopolitique. Le continent noir, avec ses réserves en hydrocarbures de bonne qualité. Partout dans ce Continent, Washington multiplie les gestes, implante des conseillers militaires et des compagnies pétrolières, l’influent sénateur républicain de l’Etat de Californie Ed Royce déclarait « le pétrole africain devrait être traité comme une priorité pour la sécurité nationale de l’après-11 septembre ».

Ce regain d’intérêt pour l’Afrique -en dépit de ce que dirait Bush en 2000 n’était « pas une priorité stratégique nationale »- s’explique par d’alléchantes projections chiffrées. De même, la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (CNUCED) estime que les réserves totales du Continent africain s’évaluent à 80 milliards de barils de pétrole, soit 8 % des réserves mondiales de brut ; et selon les prospectives du « National Intelligence Council américain », les Etats-Unis pourraient importer 25 % de leur pétrole à partir de l’Afrique subsaharienne d’ici 2015 contre 16 % aujourd’hui.

D’ores et déjà, l’Afrique noire, avec une production de plus de 4 millions de barils de pétrole par jour, produit autant que l’Iran, que le Venezuela et que le Mexique réunis. Sa production a augmenté de 36 % en dix ans, contre 16 % pour les autres continents. Le Soudan, extrait aujourd’hui 186 000 barils par jour ; alors que le Nigeria- premier exportateur africain de brut- devrait augmenter sa production quotidienne, elle passerait à 4,42 millions de barils en 2020. En outre, les eaux de la Guinée-Equatoriale détiennent le record mondial du plus grand nombre de permis de recherche pétrolière en cours et pourraient devenir d’ici à 2020 le troisième producteur africain de brut.

Les gisements africains présentent de nombreux avantages ; en effet, tous les pays producteurs, excepté le Nigeria, sont hors de l’OPEP. D’autre part ces réserves pétrolières sont « offshore… à l’abri d’éventuels troubles politiques et sociaux et donnent directement sur la côte atlantique -à l’exception des champs soudanais- en attendant l’oléoduc Tchad-Cameroun qui drainerait quelques 250 000 barils de pétrole par jour vers l’Atlantique.

Parce que l’Afrique, tout comme la région arabo-islamo- africaine -depuis la Libye, l’Égypte, le Yémen, Gaza, le Liban, la Syrie, l’Irak, l’Afghanistan, le Pakistan, le Nigéria, le Mali, le Soudan, la République Centrafricaine… sont dans le vortex de grands enjeux stratégiques, ces régions ne peuvent prétendre à une véritable souveraineté. Et dans cette logique, l’ordre international néolibéral s’attèle à précipiter la désintégration de ces zones, du moins maintenir sous contrôle l’actuel état d’instabilité par l’entretien de mouvements extrémistes même, si dans le cadre d’une hypocrisie de façade, ils sont épidermiquement dénoncés. En réalité, les dominants font tout pour rendre aphone ceux qui militent pour une véritable indépendance de la région, à l’effet de faire prévaloir ses cultures, ses religions, ses caractéristiques particulières, ses vivre et ses mourir. Ainsi dans ces zones, tout désir de s’inscrire dans une vision endogène et authentique de paix et de liberté, pour l’exploration de leurs propres expériences dans une bataille sans destruction ni morts, sans sang ni peurs est combattu comme un acte de terreur.

De même, il faut s’investir dans d’autres possibles de développement pour la sécurisation de ces régions africaines, arabes et musulmanes, pays à forts taux démographiques avec à terme, un potentiel déclin de la rente pétrolière (annoncée vers la fin de la décennie 2030) et ce, pour se démarquer à jamais de la dramatique situation de Nauru[24] -cette île qui était considérée parmi les plus riches du monde et qui se réveilla un jour de 2003 sans phosphates, sombrant ainsi dans la misère avec 90% de sa population active au chômage.

Quant à la relation du Maroc avec l’Afrique, il est manifeste que l’ancestralité de la présence de ce Pays dans le Continent africain remonte loin de l’histoire à travers sa politique, sa culture, ses échanges commerciaux, sa religion et cela sans interruption. Plus près, en janvier 1961 le Souverain défunt Mohamed V a dessiné, avec les leaders légendaires de l’Afrique, les premiers jalons de l’unité africaine, par l’organisation d’une grande conférence à Casablanca qui a réuni principalement aux côtés du Souverain Défunt Mohamed V, les Présidents défunts Jamal Abdel Nasser d’Égypte, Kwame Nkrumah du Ghana, Ahmed Sékou Touré de Guinée-Conakry, Ferhat Abbes du GPRA et Modibo Keita du Mali : il s’agissait du Groupe de Casablanca.

Par ailleurs, en matière d’opérations de maintien de la paix, tout a commencé pour le Maroc à partir de 1960 lorsque la province de Katanga, au Congo a voulu faire sécession ; et sur demande de l’ONU, le Conseil de sécurité a créé l’Opération des nations unies pour le Congo (ONUC), le Maroc en fournit deux bataillons (infanterie et parachutistes) de 3200 casques bleus Marocains. De même, 1500 soldats des Forces Armées Royales (FAR) sont envoyés au Shaba en avril 1978 pour mettre fin à l’activisme des gendarmes de Katanga, venus de l’Angola et soutenus par les cubains qui voulaient renverser le Président Mobutu : l’« Opération verveine » menée de concert avec la France du Président Valéry Giscard d’Estaing remit l’ordre au Zaïre, ce qui n’était que le commencement[25].

En 2014 soucieux d’un repositionnement dans son Continent, le Maroc entreprend Marche d’un autre genre vers l’Afrique et chaque étape était scellée par une série d’accords et de conventions. Ainsi, l’Actuel Souverain Mohamed VI rajoute à l’espace géostratégique du Pays, un hinterland de millions de km² qui va du Sénégal au Nigéria, à Madagascar avec un marché de centaines de millions d’habitants ; arrière-pays qui a besoin d’être renforcé en matière d’institution de la démocratie et d’adoucissement de la spiritualité, dans une région où les risques de dérapage sont une réalité ; et le Souverain continue son périple africain, sans conditions préalables et dans le partage des expériences marocaines de développement dans tous les domaines.

Ainsi, une nième particularité de ce Pays, en ce début du XXIe siècle, est celle de revenir vers l’Afrique, dans une logique solidariste « win/win » ; et dans ce sens, il a annulé la dette de certaines PMA africaines et exonéré leurs produits des droits de douane. Par ailleurs, les fonds engagés font du Maroc, le deuxième investisseur africain en Afrique, après l’Afrique du Sud ; et bien que les échanges (1 milliard de dollars) entre le Maroc et l’Afrique soient limités, cette timidité est, néanmoins, compensée par des engagements significatifs sur le plan des échanges politiques, spirituels et culturels pour contrer la propagande de l’extrémisme.

Ainsi, le Maroc s’impose en tant que stabilisateur du Sahel, de l’Afrique et en tant que socle central et durable du Maghreb. Partout où il intervient dans le cadre du MONUC, de l’ONUCI, de l’EUFOR, du MINUSTAH, de la guerre de Shaba, du « Restore Hope », des opérations de maintien de la paix en Angola, tout comme à Bangui… partout où il intervient, le Maroc n’agit que pour réconforter la paix, comme s’il obéissait à la légende[26] du Géant de l’Atlas qui l’enveloppe et qui rappelle son éternalité.

Jusqu’en décembre 2014, sur un total de 104062 personnels engagés dans des opérations de maintien de la paix de l’ONU, le Maroc en a fourni 2322, ce qui le place à la 12ème position sur 122 pays contributeurs aux opérations de la paix, après la Tanzanie et avant la Chine. Il est aussi le seul pays arabe et africain à avoir été associé à des opérations de l’OTAN au Kosovo et à des opérations de l’Union européenne en Bosnie-Herzégovine. De même, dans le cadre du Dialogue méditerranéen, il est l’un des pays partenaires de l’OTAN les plus actifs : ainsi, la notoriété du Maroc se mesure à l’aune de sa contribution à la stabilité et à la paix, ainsi qu’à l’ampleur de sa dette sociale qui trouve toute sa concrétisation dans l’engagement permanent de ce Pays à l’édification d’un avenir intégré et intégrateur du Continent.

 

 

[1] In Michel Maffesoli : Essais sur la violence, banale et fondatrice, CNRS, Editions, 2009 P. 21

[2] Si on se réfère aux définitions courantes ou explicitement légales de la terreur, qu’y trouve-t-on ? La référence à un crime contre la vie humaine en violation des lois (nationales ou internationales) elle y implique à la fois la distinction entre civil et militaire (les victimes du terrorisme ne sont pas supposées être civiles) et une finalité politique (influencer ou changer la politique d’un pays en terrorisant ses dirigeants). Ces définitions n’excluent donc pas l « terreur d’Etat ». Tous les extrémistes violents du monde prétendent répliquer, pour se défendre, à une terreur d’Etat antérieure qui, ne disant pas son nom, se couvre de toutes sortes de justifications plus ou moins crédibles.

[3] Michel Pinçon et Monque Pinçon Charlot : La violence des riches, chronique d’une immense casse sociale, Editions La Découverte/Poche, Paris 2013, 2014

 

[4] Irène Khan, de son nom complet Irène Zubaida Khan, née le 24 décembre 1956 à Dhaka au Bangladesh, fut la septième secrétaire générale d’Amnesty International de 2001 à 2010.

[5] In Michel Pinçon et Monique Pinçon Charlot : La violence des riches, chronique d’une immense casse sociale, La Découverte/Poche, Paris 2013, 2014 P. 168

[6] John Fitzgerald Kennedy dit Jack Kennedy, souvent désigné par ses initiales JFK, né le 29 mai 1917 à Brookline et mort assassiné le 22 novembre 1963 à Dallas, est un homme d’État américain, 35ᵉ président des États-Unis.

[7] In Henry Kissinger : L’ordre du monde, Penguin Press 2014, Fayard 2016 P. 265

[8] Abdellah Ahmed An-Naim : « Upholding international legality against Islamic and American Jihad », in Dominer le monde ou sauver la planète, Editions Fayard, Paris 2004 P. 276

[9] L’ordre a été inventé, il y a quatre siècles à l’occasion d’une conférence de la paix qui s’est tenue en Westphalie, une région allemande, sans que la plupart des autres continents ou civilisations en prennent conscience ni ne soient appelés à y participer.

[10] Henry Kissinger : L’ordre du monde, Penguin Press 2014, Fayard 2016 P. 36

[11] Le Président des Etats-Unis d’Amérique signait le 13 novembre 2001 un décret instaurant des tribunaux militaires d’exception réservés aux étrangers impliqués dans des attentats terroristes et le 5 janvier 2004 entrait en vigueur le programme « US Visit » qui contraint tous les étrangers arrivant aux USA à poser leurs index sur un lecteur d’empreintes digitales et à se laisser photographier ; pratiques depuis généralisées à la majorité des Etats. De son côté, le Royaume Uni dérogeait à l’article 5 de la Convention européenne des droits de l’homme et a adopté en 2001 une loi anti-terroriste permettant de détenir de façon illimitée, sans inculpation ni jugement, tout étranger soupçonné de constituer une menace pour la sécurité du pays. Le Gouvernement français a, pour sa part, renforcé l’arsenal sécuritaire avec l’adoption de la loi Sarkozy, pour la sécurité intérieure de l’Etat en février 2003, puis la loi Perben 2 qui énonce que les personnes interpellées pourront être placées pendant 96 heures en garde à vue et que les policiers pourront mettre en œuvre des techniques spéciales de recherche (écoute, infiltration, surveillance rapprochée par le placement de micros et caméras dans les lieux privés) et ils pourront, aussi, en l’absence des personnes suspectées procéder à des perquisitions la nuit.

[12] Le lâche abandonne sa dignité avant d’abandonner ses engagements.

[13] Entrer c’est choisir et choisir c’est être choisi : le destin t’attend, semble dire le proverbe à ceux qui sont à la tête de ce Pays.

[14] Paris décide de ne pas faire usage de son droit de véto au Conseil de Sécurité si la proposition d’instaurer un mécanisme de supervision des droits de l’homme au Sahara, lors du renouvellement de la MINURSO, le 20 février 2014 s’il n’était pas accepté par le Maroc. S’y ajoute la rocambolesque descente de policiers français à la résidence de l’Ambassadeur du Maroc, pour y signifier une convocation judiciaire à l’endroit du patron de la DST ; la presse révélant que la magistrate française est une militante politique d’origine algérienne. Par ailleurs, un capitaine radié des forces armées royales s’est « étrangement » introduit le 18 juin 2014 à Val de Grâce dans la chambre d’un Général Marocain, hospitalisé en soins intensifs. Hôpital hautement sécurisé quand il accueille des personnalités étrangères ; sans oublier la dégradante fouille à Roissy du Ministre des Affaires Etrangères le 26 mars 2014 et les divers publications et jappements depuis les plateaux de télé, de radio et de salles de rédaction.

[15] Le plus ancien conseiller royal est juif, André Azoulay est à la fois président de la Fondation Euro-Méditerranéenne Anna Lindh, instituée en 1995 par Bruxelles et ses 10 partenaires du sud de la Méditerranée, avec pour objectif la compréhension mutuelle et la paix. Il est le président délégué de la Fondation des trois cultures et des trois religions, basée à Séville. Il est Administrateur du Forum méditerranéen et du centre Shimon Perez pour la paix. Il est l’un des représentants de l’Afrique du Nord au Haut Conseil pour « L’Alliance des civilisations-ONU » forum établi par l’ONU en 2005 à l’initiative du premier ministre espagnol Zapatero et de l’actuel Président Erdogan pour lutter contre les extrémismes.

[16] Chez les jeunes africaines, le taux moyen d’infection est cinq fois plus élevé que chez les jeunes garçons.

[17] Lumpen-militariat : une catégorie de soldats semi-organisés, presque criminogènes et foncièrement nihilistes qui revendique une part de pouvoir et d’influence.

[18] Le Monde Diplomatique de juillet 2004  P. 14/15

[19] L’Acota est lié à des centres de formation militaire du Joint Combined Arms Training System (JCAS), qualifiés d’« indispensables », car ils permettent de maintenir le niveau de qualification et de préparation militaire. Le premier a été ouvert à Abuja, au Nigeria, le 25 novembre 2003. Les JCATS reposent « sur l’utilisation de logiciels sophistiqués de simulation de guerre qui s’inspirent de conditions qui existent véritablement sur les champs de bataille. (…) Le Nigeria et le Canada sont les deux seuls pays à avoir des logiciels JCATS ».

[20] Depuis l’échec de l’intervention en Somalie en 1992-1995, la doctrine américaine consiste à éviter l’envoi de soldats dans des missions de maintien de la paix en Afrique. Or, des situations assimilables au conflit somalien s’y sont multipliées au cours des dix dernières années, en particulier en Afrique de l’Ouest (Liberia, Sierra Leone, Côte d’Ivoire) ou en République Démocratique du Congo. La solution trouvée a consisté à aider les pays africains à fournir des troupes aux opérations de maintien de la paix de l’ONU sur le continent. Le programme américain ACRI (African Crisis Response Initiative), initié en septembre 1996, avait ainsi pour but d’entraîner les forces armées africaines à ces missions. Le programme ACOTA (Africa Contingency Operations Training Assistance), qui lui succède en 2002, vise à corriger les imperfections d’ACRI tout en étant mieux adapté au contexte africain.

[21] Washington a pris conscience de sa dépendance à l’égard des matières premières fournies par le continent : le manganèse, le cobalt et le chrome indispensables pour les alliages (notamment en aéronautique), le vanadium, l’or, l’antimoine, le fluor, le germanium… auxquels il faut ajouter les diamants industriels. En effet, la République démocratique du Congo (ex-Zaïre) et la Zambie possèdent 50 % des réserves mondiales de cobalt ; alors que 98 % des réserves mondiales de chrome se trouvent au Zimbabwe et en Afrique du Sud et ce dernier pays concentre aussi 90 % des réserves de métaux du groupe du platine (platine, palladium, rhodium, ruthénium, iridium et osmium), sachant par ailleurs que la soif de Washington pour le pétrole accroît l’importance de pays comme l’Angola et le Nigeria.

[22] Le GSPC est inscrit avec le Groupe islamiste armé (GIA) sur la liste américaine des organisations terroristes et est soupçonné par Washington d’avoir des liens avec Al-Qaida. Il s’est fait connaître en enlevant trente-deux touristes européens dans le Sahara algérien, au début de l’année 2003. L’opération marquait une première en Afrique et confirmait l’étroite collaboration des Etats-Unis avec l’Algérie.

[23] Outre l’Acota, quarante-quatre pays africains participent à un programme spécifique destiné aux officiers : le programme international de formation dans les domaines militaire et de l’éducation (IMET), qui a formé, en 2002, plus de 1 500 officiers. Pour les sept principaux pays concernés (Botswana, Ethiopie, Ghana, Kenya, Nigeria, Sénégal, Afrique du Sud), le coût total de l’IMET est passé de 8 millions de dollars en 2001 à 11 millions en 2003. Enfin, le programme régional de maintien de la paix en Afrique (ARP) inclut un entraînement aux tactiques offensives et le transfert de technologie militaire. De 2001 à 2003, l’ARP a reçu un financement estimé à près de 100 millions de dollars.

[24] Nauru, Etat insulaire de 21,3Km² de l’Océanie, en Micronésie avec une population qui avoisine 100.000 habitants.

[25] Ainsi :

  • En 1993 le Maroc sollicité par l’ONU participe en Somalie aux opérations « restore hope » et « Onusom » pour assurer l’aide humanitaire par le désarmement des milices rivales. En outre, entre 1993 et 1994 le Maroc envoie un contingent de 1300 hommes des FAR 60 policiers civils, sans oublier que plus de 200000 somaliens ont bénéficié des prestations médicales de l’hôpital marocain qui a été offert depuis à la Somalie.
  • En Angola, de 1991 à 1997, les FAR sont engagés sous mandat de ONU (l’UNAVEM) avec quinze observateurs militaires et onze membres de la police civile marocaine qui sont chargés de vérifier le redéploiement des troupes cubaines vers le nord de l’Angola, puis leur retrait échelonné et total, conformément au calendrier convenu entre Cuba et l’Angola.
  • En Asie, les Forces Armées Royales (FAR) sont engagées au Cambodge entre 1992 et 1993 avec l’envoi de 100 membres de la police civile pour faire respecter les engagements contractés lors des accords de Paris du 23 octobre 1991, mission qui comprend le déminage, le contrôle de cessez-le-feu et le désarmement des forces en présence.
  • A Haïti, en 2005 le Maroc déploie ses forces dans le cadre la mission de l’ONU (MINUSTAH) aux côtés de l’armée espagnole au sein d’un même contingent pour renforcer la sécurité de la partie nord de Haïti et à sa frontière avec la République dominicaine pour protéger le personnel civil, pendant la période électorale.
  • En République Démocratique du Congo (RDC) à son nord-ouest, à la suite des affrontements interethniques en 1999 et en 2000 -qui ont entrainé des centaines de morts- le Maroc envoie en 2001 des casques bleus pour participer à la mission d’observation (MONUC) avec un contingent de 750 militaires, 4 officiers d’état-major et quatre membres de la police civile, avec un hôpital médical composé de (50) militaires.
  • En avril 2004 en Côte d’Ivoire, le Maroc contribue aux côtés de 39 autres pays à l’ONUCI au rétablissement de la paix, le Maroc étant représenté par plus de 800 soldats sur un total de 8000 hommes.
  • Au Kosovo, de 1999 à 2014 le Maroc est intervenu dans le cadre de l’OTAN au Kosovo avec plus 11000 militaires marocains dans le cadre de la KFOR -armée multinationale mise en œuvre par l’OTAN sur mandat du Conseil de Sécurité. Et en décembre 2013 le Maroc envoie un contingent des FAR en République centrafricaine pour participer à la mission de l’ONU aux côtés de la France.
  • A Bangui, en République Centrafricaine, en 2014 dans le cadre de la consolidation de la paix en République Centrafricaine (BINUCA), un contingent de militaires marocains assure la sécurité du personnel et des installations du Bureau intégré de l’ONU.
  • A Bamako (Mali), un hôpital marocain de campagne est installé depuis septembre 2013 pour opérer des patients, distribuer gratuitement des ordonnances et réaliser par milliers des prestations ; pendant que 500 imams maliens ont suivi au Maroc, une formation à l’islam malékite.

 

[26] Un Maroc, patrie du Géant Atlas qui portait les colonnes qui soutiennent le ciel et qui a hébergé près de Tanger le Roi Antée, fils de l’océan et de la terre.

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